Histoire du MLPC

Généralement, la plupart des hommes publics en Afrique redoutent la presse. Le Président Martin ZIGUELE, lui, n’est jamais aussi à l’aise que face aux journalistes. Il s’exprime sans langue de bois sur les sujets les plus sensibles, sans jamais se départir de sa jovialité légendaire. Cet esprit libre, débatteur percutant, militant et dirigeant infatigable, est infiniment attentif à ce que la liberté de presse soit respectée en République centrafricaine. Aussi parler de l’histoire du MLPC revient-il a rappeler le contexte politique de l’époque de l’exempereur Jean-Bedel Bokassa et de son régime ubuesque, sanguinaire et autoritaire qui laissait très peu de place à des pensées discordantes encore moins aux libertés individuelles ou collectives. En eff et, après son coup d’État de la Saint-Sylvestre en 1966, le Colonel BOKASSA qui s’est présenté en rédempteur a par la suite, et par touches progressives, soumis le pays à une dictature implacable. Au fil des ans, le fossé grandissait entre les désirs mégalomaniaques du monarque et les espérances du peuple.  Malgré une relative relance économique pendant ses premières années du pouvoir et des réalisations que nul ne conteste, le Centrafrique a sombré dans une crise profonde et sans précédent sur le plan politique, social et économique. À l’issue du Congres extraordinaire du MESAN le 6 novembre 1976, Bokassa a instauré une monarchie constitutionnelle et s’est autoproclamé Empereur, transformant du même coup la République en Empire.

Une frange importante de la population centrafricaine n’avait pas accepté cette dérive délirante, mais il manquait une structure politique pour gérer cette sourde et latente contestation. C’est pour organiser cette résistance populaire dans cet environnement difficile et dantesque, afin de renverser}’Empereur Bokassa et restaurer la République, que le MLPC a été créé. Comme on s’en doute, au lendemain du sacre de Jean-Bedel Bokassa, le parti unique d alors, le Mouvement de !’Évolution Sociale de l’Afrique Noire (MESAN), a été érigé en un parti-État que Bokassa appelait avec gourmandise « le mouvement national ». Tous les Centrafricains se devaient de prêter allégeance, obéir et servir un seul homme qui incarnait désormais la souveraineté du peuple. Le fameux Empire centrafricain s’est doté de deux pouvoirs exécutifs : d’une part le gouvernement légal avec un Premier Ministre, Chef du Gouvernement installé avec son équipe à Bangui, et d’autre part la Cour impériale, composée de hauts dignitaires civils et militaires autour de BOKASSA Pr, et basée à BERENGO, à quatre-vingts kilomètres de la capitale, sur la route de Mbaïki au sud du pays. En 1978, le gouvernement légal a rendu obligatoire par ordonnance impériale le port d’uniformes par les écoliers, les élèves et les étudiants. À la rentrée scolaire de la même année, le Ministre de 1’Éducation nationale de l’époque, Jean Claude KAZAGUI, en exécution de cette ordonnance impériale, a demandé aux responsables de tous les établissements scolaires et universitaires de n’accepter en classe que les élèves et étudiants porteurs d’uniformes. De nombreux enfants sans uniformes se sont vu interdire l’accès aux salles de cours. Jusqu’aux vacances de Noël qui marquent traditionnellement la fin du premier trimestre, enseignants et parents d’élèves totalisaient trois mois d’arriérés de soldes. Dans les milieux scolaires et universitaires de Bangui, des rumeurs de grève prévue pour la rentrée des classes de janvier 1979 allaient bon train. Cette grève avait pour mobile d’exiger de Bokassa le paiement de trois mois d’arriérés de salaires et des bourses d’études afin de faire face à l’épineux problème d uniformes. Le jeudi 17 janvier 1979, une première tentative de manifestation des éleves et étudiants a été très vite réprimée par les forces de 1 ordre. Le lendemain,Une seconde vague de manifestations rassemblait a nouveau tous les élèves et étudiants dans les rues de Bangui et dans les principales villes de province, mais elle a été sévèrement réprimée par les forces de l’ordre. En réponse à cette violence inouïe, les manifestants ont affronté les soldats, policiers et gendarmes à coup de pierres. La répression a duré tout le week- end. Le bilan s est avéré catastrophique. On a déploré plusieurs morts parmi les élèves et étudiants, tandis que des dizaines d’autres ont été arrêtés et embastillés à la tristement célèbre prison de Ngaragba à la sortie sud-est de Bangui. Bokassa a accusé son Premier ministre Henri MAIDOU d’être de mèche avec les manifestants. Le 7 f évrier 1979, une assemblée générale des enseignants en poste à Bangui a eu lieu au Centre Protestant pour la Jeunesse (CPJ) où ceux-ci ont adopté une motion non négociable adressée à BOKASSA, pour revendiquer le paiement immédiat des salaires impayés et une date précise, le 28 de chaque mois, pour le paiement des salaires, la suspension totale de la catégorisation des paiements de salaire et la radiodiffusion de la motion. Les enseignants, soutenus par les agents de la santé, ont alors vu toutes leurs revendications satisfaites et élargies à tous les fonctionnaires de l’État centrafricain. La satisfaction des revendications salariales a insufflé un souffle nouveau dans les milieux enseignants qui ont repris leur poste de travail et accordé un semblant de répit au régime. Mais c’était le calme qui précédait l’orage. Là, nous abordons sans doute la phase charnière du cheminement de ce parti d’avant-garde de la lutte politique en République centrafricaine.

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Deux enseignants de Bangui, Francis Albert Ouakanga, professeur au Collège d’Enseignement Général de Boy-Rabé (aujourd ‘hui Lycée de Gobongo), et Jacquesson Mazette, professeur au Lycée Technique de la capitale, étaient à la manœuvre. Ils ont multiplié les concertations sur le thème qui animait tous les débats : « payez nos salaires et on achetera les uniformes ». Ils étaient eux-mêmes enseignants et parents d’élèves. Ils totalisaient donc en cette fin de premier trimestre scolaire 1978-1979, trois mois de salaire impayés. Ils ont organisé une série de réunions au lycée Jean-Bedel Bokassa (actuel lycée des Martyrs), auxquelles étaient conviés des enseignants, Pamadou Pamoto Paul, Gaston Mackouzangba, Balezou Abdel Aziz, Bonda René, Guilot Albert et Gbozongo Augustin et d’autres fonctionnaires tels que Denis Kas.si-Bella, fonctionnaire de l’Union Douanière et Economique de 1Afrique Centrale (UDEAC), Jean Claude Dobanga, bibliothécaire auLycée Jean-Bedel Bokassa et bien d’autres encore. Une équipe de travail clandestin a été constituée pour la rédaction et la distribution des tracts. Après le calme précaire qui a suivi les manifestations de janvier, une réunion de synthèse a été organisée au quartier Benz-vi sous la paillote de Francis Albert Ouakanga. Tous les principaux acteurs étaient présents. Ils se sont mis d’accord pour poursuivre la lutte contre le régime de Bokassa. Le 10 février 1979, le groupe de travail a été érigé en un comité clandestin de lutte politique. Une réunion cruciale pour décider de l’appellation du futur mouvement est alors convoquée. Après plusieurs rencontres, ils se sont mis d’accord sur le nom de la future formation. Elle s’appellerait le Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain. La date choisie pour sa création correspondait à la date anniversaire de la naissance de BOKASSA. Nous étions le mercredi 22 février 1979. Soucieux d adapter le mouvement en une structure de lutte clandestine, ses initiateurs ont mis en place un organe de direction qu’ils ont appelé « Conseil Suprême du Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain ». Ce conseil était composé entre autres de Pamadou Pamoto Paul, qui en était le Président, Jacquesson Mazette, viceprésident chargé de la branche armée, l’armement et les relations extérieures, Francis Albert Ouakanga, Secrétaire général chargé de la coordination, des études et de la documentation, Denis Kossi-Bella, Trésorier général et Abdel Aziz Balezou, Secrétaire à l’Information. Le programme, les statuts et le règlement Intérieur du MLPC ont été élaborés par les membres du Conseil. De même, en cette fin du mois de février 1979, des tracts ont été rédigés et signés MLPC, dont celui qui appelait les ouvriers, paysans, éleves, étudiants, fonctionnaires, soldats, hommes d affaires et commerçants à se débarrasser de Bokassa, désigné comme un fléau national. À cette époque, et malgré leurs premieres inquiétudes du fait de la délation qui régnait, les dirigeants du MLPC étaient bien organisés. Ils ont ainsi pu repérer, grâce à l’action de Jean-Claude Dobanga, le président de l’Association Nationale des Étudiants Centrafricains (ANECA), Albert Ndodé, alias Malabar, activement recherché par Bokassa . Les premiers dirigeants du MLPC ont su s’organiser pour procéder à son enlèvement. Il s’agissait pour eux d’assurer la sécurité de cet homme qui était, selon la croyance populaire, « capable de d isparaître devant les dangers et de réapparaître en lieu sûr ». Ils ont compris très tôt que celui-ci pouvait être utile à leur cause. Le parti avait besoin d’hommes et de femmes, solides qui Puissent représenter quelque chose et qui soient également aptes à assumer des responsabilités. C’est pour cela que ses dirigeants ont recherché des personnalités qui pouvaient conjuguer un militantisme authentique et une certaine expertise. Je crois qu’Albert Ndodé, alias Malabar, répondait à ces criteres. Mais lorsque le régime Bokassa a intensifié les recherches pour le capturer, il a été décidé de l’exfiltrer. Une fois les préparatif s du voyage sous haute confidence arrivés à terme, le Conseil Suprême du MLPC a transformé Malabar en un haut fonctionnaire congolais de la défunte Union Douanière et Économique en Afrique Centrale (UDEAC) : il a alors été muni d’une fausse déclaration de perte de passeport et d’identité sous le nom de Jean Ngoma. Le jour du voyage, le haut fonctionnaire a été amené à l’aéroport de Bangui-M’poko à bord de la Peugeot rouge 104 du Camarade Mazette. Trompant la vigilance des agents de sécurité, le camarade Kossi- Bella a effectué les formalités d’embarquement sous les regards attentifs et inquiets des membres du Conseil Suprême du MLPC pour cette opération audacieuse. Jean Ngoma a pris le vol régulier d’Air Afrique dans la nuit du 8 au 9 mai 1979 à 2 heures du matin à destination de Brazzaville. En quittant Bangui pour Brazzaville, Jean Ngoma était porteur des documents du Conseil Suprême du MLPC, à savoir le programme, les statuts et le règlement intérieur, destinés aux principaux responsables de la politique congolaise. C’est donc grace à lui que l’on a appris, à l’extérieur du pays, l’existence d’un mouvement de lutte contre la dictature de BOKASSA. Les origines de la création du MLPC f ont nettement apparaître la double mission suivante : D une part le parti est un mouvement anticolonialiste, anti- néocolonialiste et antiimpérialiste en marche pour la libération totale et effective du peuple centrafricain de toute forme d’oppression et de servitude. D’autre part, il s’est assigné la mission d’édifier une société libre et démocratique en Centrafrique, c’est-à-dire une société fondée sur le progrès économique et social, où chaque Centrafricaine et chaque Centrafricain pourrait vivre décemment. Le préambule de ses statuts définit le peuple centrafricain comme étant l’ensemble des forces sociales constituées par les paysans, les ouvriers et les intellectuels qui s’opposent a la domination et à 1 exploitation de type colonial, néo-colonial et impérialiste. Le Mouvement de Liliération du Peuple Centrafricain se veut un parti politique en mouvement vers le